Des échanges économiques internationaux plus justes ?

Des échanges économiques internationaux plus justes ?
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Écrit par Gaëlle le Pabic   
29-03-2006
La question d’une régulation équitable des échanges économiques n’est pas nouvelle, mais elle se situe aujourd’hui au cœur des débats pour un monde plus juste et plus sûr.

Le commerce équitable s’affirme comme une alternative aux effets dévastateurs de la mondialisation, mais ne peut être envisagé indépendamment d’autres questions actuelles, notamment celle, plus générale, de la place de l’économie dans nos sociétés et de la responsabilité de chacun d’entre nous quant à ses choix économiques.




Les dividendes du commerce international, lorsqu’ils existent, sont répartis de façon très inégale et restent peu visibles, voire absents de nombreux territoires

L’expansion du commerce international de produits alimentaires et industriels date de plusieurs siècles, mais ses effets sociaux et environnementaux sont aujourd’hui largement dénoncés, notamment par les acteurs des mouvements altermondialistes. Initié en grande partie dans un contexte colonial, le commerce international a connu une croissance lente jusqu’au années 1970, puis beaucoup plus rapide, en raison des cycles de libéralisation dans le cadre du GATT (Accord général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce), puis de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Les organisations financières internationales, comme le Fond Monétaire International, paraissent convaincues du bénéfice de cette libéralisation pour les pays en développement et la sécurité alimentaire. L’examen de la situation par pays et par filière montre des effets beaucoup plus complexes et nuancés. Les dividendes du commerce international, lorsqu’ils existent, sont répartis de façon très inégale et restent peu visibles, voire absents de nombreux territoires. La libéralisation a ouvert les économies les plus fragiles à l’instabilité des marchés internationaux, notamment ceux des produits agricoles, dominés par les entreprises multinationales d’une demi-douzaine de pays.

Le revenu moyen des vingt pays les plus riches est 37 fois plus élevé que celui des 20 pays les plus pauvres et l’écart entre eux a doublé au cours des 40 dernières années, selon la Banque Mondiale dans son rapport 2000-2001. 20 % des êtres humains (qui vivent dans les pays les plus riches) concentrent 86 % du Produit National Brut mondial, 82 % des exportations de biens et services, 71 % des échanges mondiaux de biens et de services, 68 % des investissements directs étrangers (source : rapport 1999 du Programme des Nations Unis pour le Développement).


Le revenu moyen des vingt pays les plus riches est 37 fois plus élevé que celui des 20 pays les plus pauvres et l’écart entre eux a doublé au cours des 40 dernières années

Ayant pris acte de ces déséquilibres, des organisations non gouvernementales, en partenariat avec des groupes de producteurs, ont mis en place une approche alternative au commerce international conventionnel, baptisée "commerce équitable". En mettant directement en rapport producteurs du Sud et consommateurs du Nord, en garantissant le respect de critères économiques et sociaux par les distributeurs, le commerce équitable cherche à créer une répartition plus juste de la valeur ajoutée entre producteurs et importateurs et à garantir une meilleure stabilité des prix et des revenus aux producteurs, leur permettant ainsi d’obtenir un niveau de vie décent.

Dans le commerce traditionnel, la quête du prix de revient le plus bas a souvent des effets désastreux à la fois pour les salariés et pour l’environnement. C’est pourquoi la recherche d’un prix satisfaisant tant pour le producteur que pour le consommateur est l’un des objectifs fondateurs du commerce équitable. Le montant de l’achat au producteur entre pour un pourcentage minime dans la composition du prix d’un produit. S’y ajoutent l’emballage, les droits de douane, la rémunération des intermédiaires (importateurs) et des distributeurs. Au final, le consommateur paiera un produit équitable 10 à 15 % plus cher, mais le producteur verra ses revenus s’améliorer de 30 à 40 %...

Le commerce équitable reflète donc une nouvelle relation d’une partie de la population à la consommation, principalement dans les pays du Nord. Après des décennies de consumérisme, auxquelles les organisations de consommateurs ont elles-mêmes participé, un mouvement se dessine vers la "consommation responsable", la "consommation éthique" ou la "simplicité volontaire". Le consommateur s’interroge sur l’origine des produits proposés par la grande distribution ou l’industrie, mais également sur leur contenu social et environnemental. Il prend conscience de son pouvoir et devient "consom’acteur".

Malgré une progression constante du commerce équitable au cours des dernières années, des divergences stratégiques se font jour au sein de ce mouvement et des questions se posent sur l’impact de ces pratiques et leur capacité à représenter une alternative réelle pour un développement durable et équitable.


le consommateur paiera un produit équitable 10 à 15 % plus cher, mais le producteur verra ses revenus s’améliorer de 30 à 40 %...

Les avantages du commerce équitable pour les groupes de producteurs sont incontestables en terme commercial, mais l’entrée de nouveaux groupes reste limitée par la capacité d’absorption du marché. European Fair Trade Association estime la part du commerce équitable dans le commerce mondial à 0,01%, un chiffre limité quoique significatif. Il est évident que celui-ci ne sera jamais un débouché suffisant pour les millions de petits producteurs qui cherchent à vivre de leur travail. Des indices laissent penser que la présence du commerce équitable dans une filière peut avoir un effet positif sur les prix payés à l’ensemble des producteurs, mais cela n’a pas été démontré.

Au-delà des chiffres commerciaux, on peut aussi s’interroger sur l’impact du commerce équitable en termes de développement généré. La disparité des revenus entre les producteurs qui bénéficient des conditions du commerce équitable et le reste de la population ne risque-t-elle pas d’aboutir à la création d’îlots de développement ne parvenant pas à s’étendre à l’ensemble du territoire ?

La pratique du commerce équitable pousse le citoyen à s’interroger sur son mode de consommation. Mais pour que celui-ci soit compatible avec le développement durable, il faudra sans doute mener la réflexion un peu plus loin. Les emballages et les transports internationaux sont, par exemple, d’importants facteurs de pollution. Le commerce équitable ne devrait-il pas encourager les circuits de commercialisation courts, qui sont généralement plus écologiques et propices au développement de nouvelles solidarités ?

La capacité du système économique traditionnel à récupérer toutes les alternatives, y compris la recherche d’authenticité au profit de produits marchands, n’est plus à prouver. Le terme de commerce équitable n’est pas "déposé", et toutes les imprécisions et les usages abusifs restent possibles. S’ils restent encore limités, c’est peut-être parce que la grande vague du commerce équitable est encore devant nous. Commerce éthique, commerce équitable, commerce responsable : les nuances ne sont pas toujours saisissables pour le consommateur, et le travail d’information et d’éducation des organisations de commerce équitable reste essentiel en ce domaine.

L’obtention d’un prix plus juste et de meilleurs revenus pour les producteurs, conditions de base d’un commerce équitable, ne suffisent pas par elles-mêmes à garantir un développement durable et équitable. De véritables alternatives aux relations dominantes supposent l’articulation d’actions se situant à différents niveaux : politiques agricoles, formation, épargne, santé, production, appui technique à la commercialisation, etc. Le commerce équitable opérant principalement sur le plan de la commercialisation n’est pas une alternative se suffisant à elle-même, mais doit plutôt être conçu comme une composante dans des stratégies de développement durable aux dimensions multiples.